Le kit d’urgence financier
#5 Ou comment préparer la séparation sans tout perdre
Hello 👋
Moi c’est Franck. Je suis avocat d’affaires depuis plus de 25 ans, spécialisé dans la résolution des conflits entre associés. A ce jour, j’ai accompagné + 400 entrepreneurs associés à se séparer. Je vous aide à trouver votre place et, si nécessaire, à couper le lien sans tout casser.
J’ai donc décidé de vous mettre quelques avoclaques le 1er dimanche de chaque mois.
Histoire de vous éviter de vivre un drame.
Que vous soyez en train de vous associer ou de vous séparer, utilisons mon expérience et les cas vécus par mes clients. Et ne faites pas partie des 7 boites sur 10 qui disparaissent à cause d’une mésentente entre associés.
Aujourd’hui, nous sommes 572. Merci d’être là. Je suis heureux de partager cette aventure avec vous.
Let’s go pour la cinquième avoclaque.
Le mood du mois

Avant de commencer, et si ce n’est déjà fait, vous pouvez aussi :
Réserver un audit stratégique pour solutionner le litige avec votre associé
Préparer votre pacte d’associés en prenant RDV
Vérifier le match avec votre associé en faisant le Crash-Test
Si vous êtes prêt à remettre en cause vos certitudes, contactez-moi.
L’édition en un coup d’oeil
Quand avancer masqué s’avère payant
Ce que font 90 % des associés et qui ruinent leur séparation
Le kit d’urgence : comment éviter de tout perdre bêtement ?
Les bons réflexes aux différents stades d’une association réussie
Conclusion : anticipez votre séparation avant d’en parler à votre associé
Quand avancer masqué s’avère payant
Cela fait 25 ans que je suis avocat d’affaires spécialisé dans les litiges entre associés. Et j’ai vu trop souvent le même schéma se répéter quand un entrepreneur est à bout avec son associé. Il pense d’abord à partir, qu’il soit majoritaire ou non. Il imagine vendre ses parts. Il rêve de tourner la page.
Mais l’urgence émotionnelle pousse souvent à l’erreur stratégique. Beaucoup se précipitent sans préparation. Ils découvrent trop tard qu’une séparation mal gérée peut coûter très cher. Alors que ceux qui s’en sortent le mieux – et qui encaissent le plus – agissent dans l’ombre avant de parler de séparation.
Dans cette édition, je vous présente le kit d’urgence que j’ai conçu justement pour sécuriser l’aspect financier d’une séparation entre associés. Nous allons d’abord passer en revue les mauvais réflexes à éviter absolument. Puis je vous dévoilerai un plan en trois étapes pour sécuriser votre argent et négocier en position de force.
À la fin de cet article, vous repartirez avec un plan d’action simple, clair et directement applicable pour préparer votre sortie sans vous mettre en danger financièrement.
Ce que font 90 % des associés et qui ruine leur séparation
Au fil du temps, je constate 3 cas récurrents qui gâchent un changement de vie. A chaque fois, ces réflexes sont des décisions reptiliennes liées ou à la fuite ou à la soumission ou à la colère.
1. Claquer la porte sans préparation
Quand ils ne supportent plus leur associé, certains dirigeants finissent par tout envoyer balader. Après une énième incompréhension, une nouvelle humiliation en réunion ou un blocage stratégique, ils explosent :
« C’est bon, j’arrête. Je ne veux plus travailler avec toi. »
Ils démissionnent brutalement, coupent la communication, désertent la société.
Sur le moment, cela donne l’illusion de reprendre le contrôle.
Sauf qu’en réalité, vous venez de le perdre. Parce que tant que vous étiez dans la société, vous aviez un pouvoir d’influence qui vous permettait de négocier le bon prix.
2. Annoncer trop tôt son désir de se séparer
À l’inverse, certains veulent “trop bien faire”. Ils se disent que la transparence paiera et ils jouent carte sur table. Ils prennent un café ou organisent une réunion pour dire, avec de bonnes intentions :
« J’aimerais qu’on se sépare proprement. Combien me rachètes-tu mes parts ? »
Sauf que 9 fois sur 10, l’autre fait de vagues promesses qu’il ne tient pas. Et à chaque fois que vous le relancez, il revoit à la baisse vos prétentions.
3. Ne rien faire et laisser la situation se dégrader
Le troisième réflexe, c’est l’immobilisme. Vous sentez que votre associé ne vous veut plus vraiment du bien.
Mais vous minimisez la situation :
« Ce n’est pas le bon moment. »
« On verra après ce gros dossier. »
« Je ne peux pas laisser tomber l’équipe. »
Vous culpabilisez injustement. Vous subissez sans broncher. Vous vous enfoncez.
Sauf que plus le temps passe, plus vous vous épuisez mentalement. Et, comme nous le savons, le temps c’est de l’argent.
Alors, la seule façon d’être efficace et sécurisé, c’est de dérouler votre kit d’urgence pour contrôler vos finances avant d’ouvrir la bouche.
Le kit d’urgence financier : comment éviter de tout perdre bêtement ?
Ce kit est le fruit d’années d’expérience de ruptures entre associés, d’accords arrachés in extremis et de conflits délicats évités. Grâce à lui, vous préservez des centaines de milliers d’euros.
Chaque étape renforce votre sécurité, votre liquidité et votre pouvoir de négociation.
Étape 1 : Les dividendes
Par expérience, les dirigeants encaissent rarement des dividendes. Que ce soit pour éviter des « taxes », ou par envie de laisser cet argent comme « réserve » ou par oubli, le cash s’accumule – année après année - sur les comptes de la boite.
Pourtant, cet argent gagné au fil des années de dur travail est facilement récupérable. Et comme il profite à tous les actionnaires, chacun peut donc prendre sa part du gâteau.
En pratique, empocher les dividendes est le moyen le plus rapide et le plus facile d’assurer ses arrières. En parallèle, vous laissez dans la société juste le nécessaire pour sa continuité.
Parce qu’une fois que l’émotionnel est à fleur de peau, l’autre associé, vexé de l’annonce de la séparation, campera sur ses positions et refusera de sortir des dividendes de l’entreprise.
De plus, trop peu de dirigeants savent qu’un excès de liquidité dans une société diminue sa valeur. Par conséquent, le prix de leurs parts sera revu à la baisse. C’est la double peine : pas de dividende et une vente au rabais des parts. Tout ça parce qu’ils n’ont pas pris leur argent.
Concrètement, ne laissez pas dormir votre trésor de guerre :
1. Vérifiez le montant distribuable en réserve dans la société.
2. Calculer combien chaque associé peut retirer.
3. Informez-l'autre du montant exact qu’il peut avoir et de celui qui vous revient.
4. Tenez une assemblée générale pour valider les montants et encaissez.
5. Ne reportez pas à plus tard dans le but de payer moins de taxe.
Étape 2 : Le compte courant d’associés
J’ai connu des cas où un client qui avait avancé plus de 500.000 euros à la société a dû attendre la fin de la séparation pour récupérer son argent. N’en faites pas partie.
Beaucoup d’associés prêtent de l’argent à la société et l’oublient au fil des années. Jusqu’au jour où le conflit éclate et où tout remboursement devient problématique et délicat.
Tant que le cash-flow de la société est bon, c’est un jeu d’enfant de se rembourser son compte courant. Un virement avec mention « remboursement compte courant » et le tour est joué. Vous n’avez pas besoin de l’accord de votre associé.
Par contre, si à un moment donné, la trésorerie de la société est en difficulté, vous rembourser votre compte courant sera périlleux. En cas de faillite résultant d’une insuffisance de cash, le curateur vous réclamera l’argent récupéré en période suspecte.
Dans un autre registre, si vous avez avancé 500k€ à la société et que vos parts valent 1M€, votre associé devra payer vos parts mais aussi – via la société – rembourser votre compte courant de 500k€.
Si les comptes courants ne sont pas nettoyés avant une séparation, la transition est plus difficile. Comme il vous doit plus d’argent (vos parts + le compte courant), l’acheteur freine des deux pieds et paralyse la négociation.
Par conséquent, attendre le blocage, c’est prendre le risque de récupérer votre argent seulement après de longues discussions compliquées.
Concrètement : récupérez ce que vous avez avancé
1. Vérifiez le montant exact que vous avez avancé à la société. Par exemple 150k€.
2. Calculez le montant de frais récurrents sur 6 mois de la société. Par exemple 100k€.
3. Vérifiez le disponible sur le compte bancaire de la société. Par exemple 350k€.
4. Remboursez-vous le compte courant sans mettre en difficulté la viabilité de la société.
5. Sur le virement, indiquez « remboursement compte courant ».
Dans l’exemple : 350k de trésorerie – 100k€ de charges fixes sur 6 mois = 250k€ de surplus.
Donc vous pouvez récupérer vos 150k€. En pratique, c’est à vous de connaitre les flux d’argent pour savoir combien vous pouvez vous rembourser et à quel moment.
Étape 3 Bonus : La procuration bancaire des ex-couples
Si vous vous êtes séparé de votre ex dans votre vie privée mais que vous avez toujours des sociétés en commun, la situation est souvent piégeuse. Pendant des années, la procuration bancaire allait de soi : confiance, projet commun, comptes partagés. Mais une fois la séparation actée dans le couple, laisser cette procuration en place devient un vrai risque.
L’une des erreurs les plus fréquentes que je vois chez les ex-couples toujours associés est justement de ne pas oser y toucher. Résultat : votre ex peut retirer de l’argent à tout moment, suivre chacun de vos mouvements sur le compte et connaître précisément votre marge de manœuvre financière. Il peut ensuite utiliser ces informations pour faire pression sur vous et tenter de monnayer votre sortie à la baisse.
Vous avez le droit de fermer cette porte. C’est votre compte bancaire, pas celui de votre ex. Mettre fin à la procuration n’est pas une déclaration de guerre, c’est simplement une mesure de protection élémentaire.
Concrètement : supprimez toute procuration bancaire sans attendre
1. Listez toutes les banques que vous avez.
2. Vérifiez pour chacune d’elle si une procuration existe.
3. Une fois qu’elles sont identifiées, supprimez-les.
Les bons réflexes aux différents stades d’une association
Vous pouvez aussi sécuriser votre position en adoptant quelques réflexes tout au long de la vie de l’association.
Avant, pour tous les optimistes qui pensent que leur association sera éternelle, déterminez dans votre pacte d’associés le pourcentage de bénéfice que vous vous payez – chaque année - à titre personnel et le montant minimum que vous laissez dans la société à titre de réinvestissement.
Pendant, l’idée est de vivre en bon père de famille : distribuez régulièrement les dividendes et récupérez vos comptes courants plutôt que de tout laisser dans la société d’exploitation.
Au moment du clash, il ne s’agit plus de se raconter des histoires. C’est le moment de vérifier si vous avez appliqué votre kit d’urgence financier.
Conclusion : amorcez votre transition avant de parler de séparation
Préparer votre changement de vie n’est pas une trahison. C’est poser des actes responsables pour votre nouvelle vie.
Au plus tôt vous le ferez, au plus vite vous serez apaisé. Le passage à l’acte ne dépend que de vous et personne d’autre. Vous ne contrôlez pas ce que l’autre fait. Vous contrôlez vos décisions.
Tout se joue sur le timing : agissez à froid pour ne pas subir à chaud.
Et si vous doutez, posez vos questions à un avocat pour vivre une transition réussie . Ne pas le faire vous engluera dans une « prison dorée ».
Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.
PS 1 : Si cette édition vous a plu, cliquez sur le ❤️
PS 2: Si vous avez une idée d’un sujet à traiter, posez votre question en commentaire.
Pour mémoire, tout ce que j’écris dans cette newsletter n’est que mon partage d’expérience. C’est là à titre purement informatif. Ceci ne constitue en aucun cas des conseils juridiques pour votre situation spécifique. Chaque cas est unique et différent. Mon but est de partager avec vous, le plus simplement possible, ce que mes clients auraient aimé savoir avant de s’associer ou avant de se séparer.


Merci pour la nouvelle claque! Votre expertise amène de la valeur, et pas que dans votre branche. Parceque l'humain reste un humain. Et au final, que la séparation se fasse entre associés, ou dans le couple, l'émotionnel dans l'urgence conduit à des situations pénibles qui peuvent s'installer dans le temps. Et dans une vie, préférons nous des combats (qui auraient pu être parfois évités), ou d'avancer sereinement? Le passage du réptilien au carthésien n'est pas toujours aisé. L'intelligence émotionnelle peut être une piste. Je vous souhaite (très en avance mais pour appuyer vos réjouissances, d'excellentes vacances)
Tellement de valeur et sans langue de bois!
Merci !!